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Wormsensing lève 9,5 millions d’euros pour son capteur vibratoire Dragonfly

La start-up grenobloise Wormsensing a annoncé le 27 octobre 2026 une levée de fonds de série A de 9,5 millions d’euros. Son produit, le capteur piézoélectrique Dragonfly, ne mesure pas la vibration comme un accéléromètre classique : il est collé sur la structure et en suit les déformations dynamiques. Pour les services maintenance et méthodes, c’est une approche de la surveillance vibratoire qui mérite d’être comprise avant d’être comparée aux solutions en place.

Une série A menée par Orano Venture Fund #

Selon le communiqué de l’entreprise, le tour est mené par Orano Venture Fund, géré par Supernova Invest. French Tech Seed, opéré par Bpifrance, y participe, tout comme les investisseurs déjà présents au capital : Innovacom, KBC Focus Fund et CEA Investissement. VIPress ajoute le Fonds Régional Avenir Industrie Auvergne-Rhône-Alpes, piloté par UI Investissement.

Fondée en 2020 à Grenoble, issue des travaux du CEA-Leti, la société avait déjà levé 3,5 millions d’euros en 2022. Elle compte aujourd’hui 27 collaborateurs, revendique un portefeuille de 50 brevets et dispose d’une ligne de production en France, baptisée Hyperion, d’une capacité de deux millions de capteurs par an.

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Mesurer la déformation plutôt que l’accélération #

Le principe de Dragonfly est simple à énoncer : un élément piézoélectrique fixé directement sur la pièce ou le bâti produit un signal proportionnel à la déformation qu’il subit. Le communiqué indique une sensibilité jusqu’à 1 000 fois supérieure à celle des technologies conventionnelles, sur une plage de fréquences qualifiée d’exceptionnellement large.

Pourquoi est-ce intéressant en instrumentation industrielle ? Parce qu’un défaut naissant, roulement qui s’use, outil qui s’émousse, desserrage, se traduit souvent par de très faibles variations de contrainte bien avant de devenir une vibration franche. Un capteur plus sensible permet en théorie de détecter ces signaux plus tôt, et donc de planifier l’intervention au lieu de la subir.

Ce que le capteur ne fait pas seul

Un signal reste un signal. La valeur d’un système de monitoring vibratoire tient autant au traitement des données, aux seuils d’alarme et à l’intégration dans la supervision qu’au capteur lui-même. C’est d’ailleurs l’axe annoncé : la levée doit servir à enrichir l’offre de services numériques associée et à simplifier l’intégration dans les équipements industriels.

Des gains annoncés à lire avec méthode #

Wormsensing fait état de gains opérationnels moyens d’environ 100 000 euros par machine et par an chez ses clients. L’entreprise cite aussi une hausse pouvant atteindre 250 % de la durée de vie des pièces d’usure, une baisse de 60 à 99 % des arrêts non planifiés et une réduction de 50 à 99 % des rebuts et reprises.

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Ces chiffres sont ceux communiqués par la société, pas des mesures indépendantes. Les fourchettes très larges reflètent des cas d’usage très différents : une presse d’emboutissage, une machine d’usinage ou une ligne d’assemblage n’ont ni les mêmes modes de défaillance ni le même coût d’arrêt. Pour un industriel qui envisage un pilote, la bonne démarche reste de définir en amont l’indicateur de référence : taux de rebut, nombre d’arrêts non planifiés, consommation d’outils, puis de le suivre sur une période comparable avant et après l’installation.

Automobile, aéronautique, robotique, énergie #

L’industrie manufacturière constitue le premier marché de la start-up, avec des débouchés dans l’aéronautique, la robotique et l’énergie. Dans l’article de Mesures, le cofondateur et CEO Jean-Sébastien Moulet indique que ses clients de l’automobile et de l’aéronautique ont mesuré les gains sur le terrain.

Le développement commercial vise l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie, en s’appuyant sur des partenaires, des intégrateurs et des distributeurs plutôt que sur une force de vente directe dans chaque pays. Le recrutement de compétences commerciales et techniques fait partie du plan.

Ce que cela dit du marché de la maintenance prédictive #

Cette levée s’inscrit dans un mouvement de fond : la maintenance conditionnelle quitte le seul périmètre des machines critiques, équipées depuis longtemps de capteurs coûteux, pour descendre vers des équipements plus courants. Pour y parvenir, il faut des capteurs produits en volume, faciles à poser et capables de remonter un signal exploitable sans expertise vibratoire pointue sur site. La capacité annoncée de deux millions d’unités par an montre que Wormsensing se positionne sur ce terrain du volume.

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Les questions à poser avant un essai

Pour une équipe maintenance, quelques points méritent d’être éclaircis avec le fournisseur : le mode de fixation et sa tenue dans le temps (collage, vissage, environnement thermique), la compatibilité avec l’automate ou la plateforme de supervision existante, la propriété et l’hébergement des données, et la façon dont les alarmes sont paramétrées pour éviter les fausses alertes qui finissent par être ignorées. Un capteur très sensible n’a d’intérêt que si le traitement en aval sait distinguer un vrai défaut d’un changement normal de régime.

Avec cette série A, la jeune pousse grenobloise a désormais les moyens de passer de quelques références industrielles à un déploiement international. Les prochains mois diront si la promesse de sensibilité se traduit, chez des clients plus nombreux, par des gains comparables à ceux qu’elle met en avant aujourd’hui.

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